Tokenisation en France 2026 : Panorama du Marché, Acteurs Clés et Perspectives
Vue d’Ensemble
La France entre dans l’année 2026 avec un écosystème de tokenisation qui a considérablement mûri depuis l’introduction du statut PSAN par la loi PACTE en 2019. Le marché français des actifs numériques tokenisés — obligations, parts de fonds, instruments de dette structurée et actifs réels — a dépassé les 4 milliards d’euros en valeur cumulée, porté par l’activité institutionnelle de Société Générale-FORGE, les expérimentations de BNP Paribas et l’émergence d’une nouvelle génération de plateformes spécialisées.
Cette analyse évalue le positionnement du marché français de la tokenisation au début de 2026, en examinant les moteurs de croissance, les avantages structurels, les risques émergents et les priorités stratégiques qui façonneront l’écosystème au cours des douze à vingt-quatre prochains mois.
Contexte Réglementaire
Le cadre réglementaire français pour les actifs numériques repose sur trois piliers : le statut PSAN administré par l’AMF, le régime DLT Pilot de l’Union européenne et l’implémentation progressive de MiCA à partir de 2025.
L’AMF a enregistré 147 prestataires de services sur actifs numériques à ce jour, un chiffre qui place la France en tête des juridictions européennes par nombre d’entités régulées. La transition vers les licences MiCA, prévue pour être complétée d’ici fin 2026, offre aux acteurs français un avantage significatif : leur expérience sous le régime PSAN les prépare aux exigences de MiCA de manière que les acteurs d’autres juridictions — qui n’ont pas eu de cadre national équivalent — ne peuvent pas égaler.
Acteurs Institutionnels Clés
Société Générale-FORGE
SG-FORGE reste le référent institutionnel. Son émission d’obligations tokenisées conformes sur Ethereum public — un précédent qui semblait impossible il y a trois ans — est désormais un modèle que d’autres institutions françaises et européennes cherchent à répliquer. Le volume cumulé des émissions tokenisées de SG-FORGE dépasse 500 millions d’euros.
BNP Paribas
BNP Paribas a engagé des ressources significatives dans l’infrastructure de tokenisation, en particulier via sa filiale Securities Services. La banque développe des capacités de custody d’actifs numériques et de règlement-livraison sur blockchain qui visent le marché institutionnel européen.
Gestionnaires d’Actifs
Les gestionnaires d’actifs français — Amundi, AXA Investment Managers, Tikehau Capital — explorent activement la tokenisation de parts de fonds comme vecteur d’efficience opérationnelle et d’accès élargi aux investisseurs.
Moteurs de Croissance
Obligations Tokenisées
Le segment des obligations tokenisées représente le cas d’usage le plus avancé en France. Le marché a atteint 1,8 milliard d’euros en encours, avec une croissance de 34% sur les douze derniers mois. Les avantages structurels — réduction des intermédiaires, règlement instantané, fractionnement de la propriété — commencent à se traduire en économies mesurables pour les émetteurs.
DeFi Institutionnelle
La France est l’un des rares marchés européens où la DeFi institutionnelle progresse dans un cadre réglementé. L’AMF a autorisé plusieurs expérimentations de prêt institutionnel sur blockchain, ouvrant la voie à des produits de rendement conformes qui n’existent pas encore dans la plupart des juridictions.
Infrastructure de Marché
L’infrastructure de marché française — Euroclear, Euronext — investit dans les capacités de tokenisation, signalant que le passage de l’expérimentation à la production est en cours.
Risques et Défis
La transition PSAN-MiCA crée une période d’incertitude réglementaire de 12 à 18 mois. La concurrence du Luxembourg, de la Suisse et de Singapour pour les mandats de tokenisation institutionnelle s’intensifie. La profondeur de marché secondaire pour les instruments tokenisés reste insuffisante pour attirer les allocataires de taille institutionnelle.
Perspectives
Le marché français de la tokenisation devrait atteindre 8 à 10 milliards d’euros d’ici 2028, porté par l’accélération des émissions obligataires, l’entrée des gestionnaires d’actifs et la maturation de l’infrastructure de marché secondaire. La France dispose des fondations réglementaires et institutionnelles nécessaires — la question est désormais celle de la vitesse d’exécution.
Donovan Vanderbilt, The Vanderbilt Portfolio AG, Zurich. Mars 2026.